« Honnêtes gens,

Souvenez-vous de l’Affaire Marie Besnard ! »   

Entre 1952 et 1961, Maurice Tournade, jeune caricaturiste, assiste aux trois procès de Marie Besnard, à Poitiers et Bordeaux.

En janvier 2000, il réunit ses souvenirs et ses dessins pour présenter son récit illustré de l'Affaire Marie Besnard :

 

"Ce devoir de mémoire qui m’a permis de manifester à la Bonne Dame de Loudun, cette forme de reconnaissance particulière que je lui devais"

Le dernier témoin des trois procès
de Marie Besnard

La Nouvelle République

21/12/2012

Indre-et-Loire - Justice

 

Alors caricaturiste pour la NR, Maurice Tournade a suivi

tous les procès de Marie Besnard.

Il n’a rien oublié de l’affaire de la “ bonne dame de Loudun ”.

Une affaire extraordinaire !

 

Un demi-siècle après le premier procès de Marie Besnard, Maurice Tournade, journaliste retraité à Tours de 87 ans, n'a rien oublié de cette affaire judiciaire qui fit passer Loudun et sa « bonne dame » à la postérité. Entre Urbain Grandier, le prêtre brûlé en 1634, et René Monory, le père du Futuroscope. Au tout début des années 50, Maurice Tournade partageait son temps entre le club de football du SCO, la Jeunesse et Sports, et la caricature à Angers. Son talent de dessinateur fit que la NR l'appela pour couvrir ces procès alors que le grand dessinateur Sennep, lui-même, était sur les rangs. La presse étrangère a assuré à Maurice Tournade qu'il avait certainement été le seul journaliste a avoir suivi les trois procès. Avec peut-être le grand Frédéric Pottecher (il subsiste un doute sur un procès).

Marie Besnard, la postière accusatrice Mme Pintou, les frères Massip, le notaire Lemieule : toute une galerie de portraits provinciaux a défilé sous la plume de Maurice Tournade pour être croquée.

 

Un " tas de laine noire "

 

« Au fond, c'était une affaire de paysannerie comme le disait l'avocat de la défense, Me Gautrat. Dans cette France rurale tout juste sortie de la guerre, les ragots allaient bon train, avec souvent des arrière-pensées. Les gens réglaient leurs comptes. Dans ces campagnes existait aussi l'euthanasie paysanne. On aidait les gens à partir… » Cette affaire faisait les choux gras de la presse, y compris étrangère, bien souvent heureuse de salir la France. Des dessins offerts aux magistrats permirent à Maurice Tournade d'être placé juste à côté de Marie Besnard au procès.« Son physique jouait contre elle. On aurait dit un tas de laine noire. » Arsenic et vieille mantille noire, en somme.Plus impressionnant était l'avocat de la défense, Me Gautrat, qui s'est épuisé pendant 10 ans à défendre sa cliente avec autant de fougue que de talent. Il parvint à instiller le doute dans l'esprit des jurés grâce à six éprouvettes. Un médecin affirmait pouvoir distinguer à l'œil nu laquelle contenait de l'arsenic. Le docteur Béroud hésite, puis en désigne deux. « Aucun des tubes ne contient d'arsenic ! » assène le ténor. Les tubes sont placés sous scellés, l'acquittement tout proche.

 

 

Raphaël Chambriard

Le premier procès de Marie Besnard à Poitiers . Maurice Tournade est assis en bas à droite

 

« L’affaire Marie Besnard » est un roman que Balzac aurait certainement aimé écrire tant la personnalité de « la bonne dame de Loudun», les évènements qu’elle a vécus, le cadre dans lequel ils se sont déroulés, les passions qui les ont animés, l’ambiance des  procès ont été, en effet, à la mesure de ces « Scènes de la vie de Province » qui ont nourri « la Comédie Humaine ».

 

"Pour assister au procès dans les meilleures conditions possibles, j’avais pris l’habitude de contacter dès la veille les responsables du service d’ordre. A Poitiers, cette initiative fut d’autant plus heureuse que l’officier de police chargé de cette importante fonction portait le nom de Cimetière…Cela ne s’invente pas , surtout lorsqu’il s’agit d’un procès concernant quelque treize cadavres ! Pour le caricaturiste, ce fut une aubaine qu’il s’empressa d’exploiter : le brave homme fut « croqué » sur le champ pour que sa « binette » puisse être publiée dès le lendemain matin dans la NR (la Nouvelle République) avant l’ouverture du Palais de Justice.

Plaisanté, mais heureux néanmoins d’être mis en vedette, M.Cimetière voulut connaître l’auteur du dessin (qui se fit une joie de lui offrir l’original…). Et c’est ainsi que, sous son regard bienveillant, j’ai pu m’installer confortablement dans un renfoncement entre le box de l’accusée et celui des jurés, aux côtés de la défense. La Place idéale pour voir défiler devant soi les témoins, les enquêteurs et les experts, pour les observer et les "saisir au vol ».

Mais lorsque l’on se remémore ces évènements et que l’on assiste aujourd’hui à d’autres « affaires » donnant également libre cours aux mêmes excès de pouvoir et aux mêmes manquements à la déontologie la plus élémentaire – qu’il s’agisse des juges ou des journalistes, sans oublier les hommes politiques – on est tenté de leur crier : « Honnêtes gens, Souvenez-vous de l’Affaire Marie Besnard »